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samedi 24 février 2018

INTERVIEW ELIZABETH EBORY #PLIB2018



On poursuit les interviews d’auteurs, cette fois ci, avec Elizabeth Ebory, autrice du roman « la fée, la pie et le printemps », publié chez ActuSf en août 2017.

En Angleterre, les légendes ont été mises sous clé depuis longtemps. La fée Rêvage complote pour détruire cette prison et retrouver son pouvoir sur l’humanité. Elle a même glissé un changeling dans le berceau de la reine...Mais Philomène, voleuse aux doigts de fée, croise sa route. Philomène fait main basse sur une terrible monture, des encres magiques, un chaudron d’or et même cette drôle de clé qui change de forme sans arrêt. Tant pis si les malédictions se collent à elle comme son ombre... Philomène est davantage préoccupée par ses nouveaux compagnons parmi lesquels un assassin repenti et le pire cuisinier du pays. Tous marchent vers Londres avec, en poche, le ecret le plus précieux du royaume.Des personnages empreints d’une légèreté désespérée, une aventure aussi féerique que profondément humaine. Élisabeth Ebory renoue avec le merveilleux des anciens récits, sans nier leur part d’obscurité.

Bonjour Elizabeth, je suis ravie de t’accueillir sur mon blog ! Auparavant autrice de nouvelles, comment se passe la transition entre ce format court à celui de roman ?
Merci à toi pour l’invitation !
Alors, la transition format court / format long, j’ai envie de dire… houlala !
J’avais pris mes habitudes : j’écrivais des textes en 15 000 ou 30 000 signes. C’était devenu un rythme. Qu’il a fallu casser.  En plus de cet aspect « longueur »,  un roman n’est pas qu’une « grosse nouvelle ». La tension d’un récit court ne pourra pas se retrouver dans 300 pages… L’histoire demande plus de développement qu’une seule scène, aussi épique soit-elle. La notion de scénario prend une toute autre envergure ! Il y a l’enchaînement global des péripéties bien sûr, mais aussi une multitude de détails à gérer – détails que la forme courte ignore la plupart du temps, chaque chose y étant cruciale.
Chez moi, il y avait également la question du style. Je suis sensible à la poésie sous toutes ses formes, et cela se ressent beaucoup dans ma façon d’écrire mes textes courts. Cependant, pour un texte long, il est plus délicat d’être poétique en permanence. A force, l’intrigue se noie, les enjeux se diluent, etc. Il a donc fallu évoluer et trouver une autre respiration.
Enfin : l’ambiance. Sur 10 pages, j’étais capable de supporter un univers noyé dans une nuit sans fin avec une mince lueur d’espoir. Sur 400 pages, euh… non. Donc j’ai aussi amorcé un gros virage sur les couleurs de mes mots, en essayant de leur donner plus de lumière et de bonne humeur. Sans pour autant abandonner complètement les ténèbres…
Bref au final, je crois qu’il a fallu tout changer !

Dans « la fée, la pie et le printemps », titre d’ailleurs très intriguant et qui prend son sens uniquement à la lecture du roman, tu abordes le thème des fées, et ta vision de cet univers est différente des plus populaires. Peux-tu nous présenter tes deux personnages principaux, Rêvage et Philomène ?
Ah ah ! Le titre ! S’il est intrigant c’est parfait… Mais je m’égare. Donc, les présentations.
Rêvage est une fée du printemps avec de grandes dents, des ambitions mégalomanes et un désir de liberté (et de pouvoir) si fortement chevillé au corps qu’elle y sacrifie tout. Absolument tout. Il faut dire qu’elle a connu des heures très sombres du monde des fées, et cela lui a forgé un caractère en acier !
Philomène, jeune, insolente est parfaitement amorale : elle ne voit le bien et le mal nulle part. Cela donne des résultats parfois fort discutables. Cependant, contrairement à Rêvage, elle reste capable de s’ouvrir aux autres. Elle est égoïste, mais elle peut changer. Un de ses problèmes est qu’elle n’écoute que sa propre intuition. Cela lui a beaucoup réussi mais elle va se rendre compte que le système a ses limites et que, parfois, il faut faire confiance aux autres. 
L’une est machiavélique, l’autre est armée d’un pistolet ensorcelé… C’est vrai qu’elles sont un peu « différentes » de l’imagerie classique ! Pour moi, les fées sont des créatures complexes, résultats de la sédimentation de mythes et de folklore, de ré-écritures littéraires ou religieuses… Par exemple, ma lecture du moment (Mythes Russes, d’Elizabeth Warner) souligne comment la rusalka, créature des légendes slaves, a évolué au fil du temps. Celle-ci a pu être présentée par des récits du XIXème comme une divinité des eaux proche des nymphes, ou une sorte de sirène. Pourtant, son origine la rattache plutôt aux fantômes. 
Ce sont ces « fées » qui m’intéressent : celles qui évoluent avec nous, dans nos cultures, nos folklores et qui nous accompagnent depuis la nuit des temps, dans les histoires que nous nous racontons pour expliquer les choses que nous ne compren(i)ons pas, pour nous mettre en garde, pour nous faire réfléchir aux conséquences de nos choix. 

Ces fées ont autant de qualités et de défauts que les humains, était-ce ta volonté ?
Oui, complètement. Dans ce roman, les fées sont abordées comme des symboles. Le symbole d’une certaine altérité, d’une façon d’envisager les choses différemment… Mais pour qu’un symbole soit parlant, à mon sens, il lui faut des racines humaines. Il me serait difficile de me retrouver dans les comportements d’êtres purement  angéliques ou démoniaques. J’aurais donc du mal à les écrire.

Ce qui m’a marqué dans ton roman, c’est le système narratif, tu alternes un point de vue omniscient et au présent à travers le personnage de Philomène, et un point de vue à la 3e personne du singulier quand il s’agit de Rêvage. Je trouve cela très respectable, et surtout, cela ne doit pas être facile à écrire. Comment as-tu fait pour respecter ce schéma ? As-tu appliqué des techniques spécifiques ?
J’avais envie de quelque chose de relativement immersif, sans pour autant être emprisonnée dans les « je » en permanence. C’est comme ça que la structure s’est mise en place. Philomène a naturellement pris la parole pour nous entraîner au plus près de l’action, pendant que Rêvage courait à droite et à gauche à la recherche de sa reine, sans avoir trop le temps de papoter.
Pour suivre ce schéma, j’avais la voix d’une copine d’atelier d’écriture dans la tête : « Respectez la contrainte ! Respectez-la bon sang ! »  Et c’était très efficace !
Les problèmes sont arrivés quand les deux fils de l’histoire ont commencé à s’entremêler grâce à un personnage qui va et vient entre les deux systèmes de narration. Là, il a fallu appliquer la technique des time line pour respecter les emplois du temps des uns et des autres – et parfois les décalages horaires. Je me suis fait un tableau des actions pour suivre le déroulé dans le temps pas à pas. Une des difficultés de ces allers-retours, c’est la construction des chapitres. Parfois, j’ai fait le choix d’avoir des chapitres au déroulé parallèle, et non pas en séquence, pour arriver à avoir des unités cohérentes. Par exemple, le chapitre durant lequel Philomène et la troupe s’installent en forêt est parallèle au corps à corps de Rêvage et d’un « mystérieux » personnage. 

L’histoire se déroule en Angleterre au XIXe siècle est ce que ce pays est propre à celui des fées ? Pourquoi avoir choisi ce lieu ? et cette époque ?
Adolescente, je me suis enflammée pour la littérature anglaise du XIXème. Les sœurs Brontë, Joseph Conrad, Jane Austen, Oscar Wilde… Je crois qu’il y a une sorte de retour au source dans ce premier roman : j’avais envie de me balader dans ces souvenirs. L’époque, elle, est venue du pitch sur lequel l’histoire a cristallisé : la plus grande souveraine du monde humain manque à l’appel pour monter sur son trône. Les fées sont derrière tout ça. Sans doute à cause de mes lectures, toujours, c’est l’image de Victoria qui s’est imposée à moi pour représenter cette souveraine incontournable de l’Histoire mondiale.
L’Angleterre est-elle le pays des fées ? Les créatures magiques courent sur toute la planète. Elles changent de forme et de noms, mais remplissent le même rôle. On peut croiser des fées à New York (Les petites fées de New York, de Martin Millar). A Paris (Fées Weed et Guillotines de Karim Berrouka). En Arizona (L’épouse de bois)… Pourtant, c’est vrai que  ma sensibilité me rapproche d’une vision de la fée « à l’anglaise », plus sombre et tourmentée qu’une fée clochette, ou qu’une bonne fée de contes. C’est quelque chose de purement personnel.

Tu n’es pas sans savoir que ton roman a été présélectionné pour le Prix Littéraire de l’Imaginaire 2018. Ce prix a pour but de mettre en avant les littératures de l’Imaginaire, un sujet qui touche de plus en plus de lecteurs et auteurs de cet univers. Quelle est ta position à ce sujet ?
Pour moi, l’imaginaire – et donc les littératures associées – offre des pistes de réflexion intarissables : symbolique, psychologique, social, éthique… L’imaginaire permet de tout oser et de tout poser comme risques ou espoirs, de les disséquer et d’en voir les conséquences. Et puis, l’imaginaire est partout : dans les séries, les films, les jeux vidéos... la matière de Bretagne, les pièces de Shakespeare, les romans de Jules Verne, les opéras de Wagner… Bref :   l’imaginaire et sa littérature appartiennent à la culture – qu’elle soit officielle, underground, pop ou autre. La catégorisation des genres littéraires a tendance à en faire une sorte d’appendice à prendre avec des pincettes… Donc je trouve juste géniales toutes les initiatives qui visent à mieux faire connaître ces littératures de l’imaginaire. Communiquer, montrer les choses, les expliquer aussi, prendre le temps d’approfondir les démarches créatives… tout cela me semble nécessaire pour faire évoluer la façon dont on perçoit l’imaginaire.
(Et je suis super ravie de voir La fée, la pie et le printemps dans la sélection du PLIB2018 !)

De nombreux « nouveaux auteurs » utilisent les plateformes comme WattPad ou fyctia, ou bien font partie d’une communauté telle que celle de Cocyclics… as-tu utilisé également ces outils d’écrivains ?
Je suis abonnée à Cocyclics sur facebook, ainsi qu’à d’autres contenus orientés « pratique de l’écriture », mais je ne me suis pas lancée dans le grand bain des communautés internet ou des plate-formes de partage pour l’instant. Je participe à des ateliers d’écriture « in real life ».

Es tu une grande lectrice ? Quelles ont été tes plus belles découvertes en 2017 ?
Je suis une lectrice très lente surtout ! Je sélectionne, je tourne autour des œuvres pendant des mois. Quand je rentre dans un livre, je prends le temps de l’apprécier, de m’arrêter, de respirer dans son univers… Cette année, j’ai découvert, quelques millions d’années plus tard que tout le monde, Les fiancés de l’hiver, de Christelle Dabos (oh, le bonheur!) et aussi Anasterry d’Isabelle Bauthian, auquel j’ai furieusement accroché (trop hâte de lire la suite, Grish-Mère, qui sort bientôt). Et j’ai enfin lu la plume d’Estelle Faye dans « Un éclat de givre ». Ce livre a une ambiance tellement prenante : quelque chose de nostalgique, de tendre, d’onirique. Je suis sous le charme !

Quelle coïncidence, j' ai aussi découvert la passe miroir en 2017, et je viens tout juste de commencer "un éclat de givre"! Quant à Anasterry, il est dans ma pile à lire :) Est ce que tu utilises tu les réseaux sociaux pour échanger avec tes lecteurs ?
Je suis sur Facebook avec ma page autrice (@ElisabethEboryAutrice) et sur Instagramm, @ElisabethEbory.

Pour terminer, dernière petite question, quels sont tes projets littéraires ? Te verra-t-on dans des salons en 2018 ?
En ce moment, je travaille sur un deuxième roman dans l’univers de La Fée, la pie et le printemps. Le nœud central de l’intrigue tourne autour de l’obsession et du pouvoir de l’information. On mettra les pieds chez les fées, quelques temps après les événements déclenchés par Rêvage.

Les dates restent à confirmer, mais normalement, je devrais être en dédicace le 10 février sur Toulouse à la librairie Série B, et au salon de l’Imagina’Livres, à la faculté  Toulouse II, Jean Jaurés,  du 23 au 25 mars. Pour la suite, je ne sais pas encore !

Je te remercie infiniment d’avoir participé à cette interview, je te souhaite bonne chance pour le #PLIB2018
Un grand merci à toi !




vendredi 23 février 2018

INTERVIEW RUBERTO SANQUER #PLIB2018



Bonjour ! Aujourd’hui, je suis ravie de recevoir Ruberto Sanquer, autrice de « l’Aura Noire», roman pré-sélectionné pour le #PLIB2018.

Comment affronter le destin quand on est une ado comme les autres ?
Que l’on travaille d’arrache-pied pour devenir une sorcière-guérisseuse ?
Que l’on est amoureuse alors que c’est interdit ?
Qu’une terrible malédiction tue précisément tous ceux que vous aimez ?

Un démon majeur, tiré d’un sommeil séculaire, assoiffé de vengeance et de conquête, refait surface trois mille ans après l’Apocalypse qui a anéanti la Terre Arcane.
Dans ce nouvel univers, les arbres ont acquis une conscience, et les humains des pouvoirs singuliers. Ainsi en est-il de treize apprenties sorcières qui ignorent encore que le poids du monde repose sur leurs épaules. Et parmi elles, Louyse… choisie par la destinée pour barrer la route de cette force démoniaque.

Le nouvel opus « la marque rouge » est sorti le 08/02 chez Scrinéo.

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Bonjour Mip, je suis ravie de t’accueillir sur le blog ! ton premier roman « L’aura Noire » est paru en janvier 2017 chez Scrinéo. Combien de temps as-tu mis pour l’écrire?
Bonjour Hélène, c’est moi qui te remercie infiniment pour cette interview !

Pour répondre à ta question, il a fallu six mois pour écrire ce texte. Cela peut sembler rapide, mais L’Aura Noire est le « bourgeon » d’un univers plus vaste, le monde de la Terre Arcane, imaginé tandis j’attendais mon fils, il y a une quinzaine d’années. Depuis le temps, les personnages sont devenus mes « familiers » : je vis avec, je dors avec, j’en parle, je crois les voir au détour d’une rue… Et c’est un atelier d’écriture animé par celle qui allait devenir mon agent, Laure Pécher, qui m’a permis de m’atteler à la rédaction de l’histoire.


Dans ce livre de fantasy, tu évoques de nombreux thèmes : un univers post-apocalyptique dans lequel se mélange magie et écologie. Comment as-tu concilié tous ces éléments ? Est-ce difficile de créer un univers ?
Créer un monde ne pose pas de problème quand on est doté d’imagination : au contraire, c’est même jouissif. La difficulté consisterait plutôt à le mettre en forme. Consciente de mes lacunes, j’avais repéré un atelier d’écriture portant sur « Les techniques du roman » délivré par Laure Pécher, de l’Agence littéraire Astier & Pécher. Et c’est là que tout a commencé : j’ai pu acquérir du savoir et découvrir une communauté d’auteurs qui, depuis, sont devenus des amis très chers (et pour certains mes bêta-lecteurs, je rends d’ailleurs la pareille).
Quant aux thèmes développés dans les deux romans, ils me tiennent à cœur, notamment le respect de la Nature. Nous sommes de plus en plus nombreux sur cette planète, et si nous continuons à la souiller, notre sort ne sera peut-être pas différent de celui de la Terre Arcane. Savez-vous qu’avec le réchauffement climatique et la fonte des calottes glaciaires, le scénario catastrophe du basculement des pôles est plausible ?
Partant de là, il n’était pas difficile de songer que la Nature pouvait reprendre ses droits et les Arbres acquérir une conscience. L’idée est d’ailleurs dans l’air du temps, avez-vous lu le best-seller de Peter Wollenden : La vie secrète des arbres ? Vous seriez surpris par ce que vous pourriez découvrir !

Je reviens sur l’aspect magique de ton roman. Tu inventes tout un langage propre au monde des guérisseuses, avec des termes comme ringtrees, ringseys etc…
L’Aura Noire est d’abord l’histoire d’une apprentie-sorcière qui se prépare au Sabbat ! Ici, il n’est pas question de baguette magique – JK Rowlings l’a déjà fait avec le succès planétaire que nous connaissons.
Inventer une nouvelle forme de magie, quand on est auteure, est un privilège souverain. J’ai adoré imaginer les Ringtree, ces bracelets vivants dotés de conscience, avec lesquels mes 13 jeunes sorcières tentent de s’unir durant le Sabbat. Même en réussissant à traverser la Forêt Maudite, elles ne sont pas sûre d’en ressortir Ringseys - ou porteuses de Ringtree (mot au singulier même s’ils vont par paires), qui est la contraction de ring = anneaux, et tree = arbre.
L’idée que la magie soit tirée des forces élémentaires de la terre… me parle. Il existe une énergie qui fait tourner les mondes, couler la sève des arbres et nous donne le souffle de vie. Je me suis demandé ce que ça donnerait de pouvoir se connecter à ces forces. Comment fait un sourcier qui trouve un point d’eau ? Un rebouteux qui guérit une sclérose ? Et si nous pouvions aller plus loin dans cette symbiose, cela donnerait quoi comme nouveau monde ?
Dans cet univers où les sorcières toutes-puissantes ne cèdent le pas qu’aux reines et rois de ce monde, il était évident pour moi de leur prêter une magie tirant sa source de la nature, de la connexion avec ces forces primales qui permettent de revitaliser, soigner et guérir.

L’aura noire est un roman qui met en scène Louyse, une adolescente de 15 ans. De nombreux lecteurs ont évoqué que son langage les gênait, en comparaison au reste du texte. Que leur réponds-tu ?
Je suis bien contente que tu évoques ce sujet. C’était un parti-pris d’écriture de prêter ce langage ado très actuel à mes treize apprenties sorcières, en dépit du contexte économique « médiéval ». Comme l’histoire se situe 3000 ans après une apocalypse, pourquoi pas ?
Or les réactions du lectorat ont été tranchées : ou on adore, ou on déteste ! Ceux qui plébiscitent, ce sont d’abord mes très jeunes lecteurs. J’ai eu des retours enthousiastes d’élèves de collège qui ont vivement apprécié ces dialogues permettant une identification immédiate. L’autre partie de mon lectorat aurait préféré un registre de langage plus fondu avec une narration classique. Au final, j’ai eu autant de compliments que de critiques à ce sujet. Pour La Marque Rouge, j’ai choisi de ne pas soulever de polémiques, j’ai donc atténué cet aspect-là.

L’absence de visibilité et de médiatisation des lectures de l’imaginaire est un sujet qui touche de plus en plus  les intervenants de ce milieu. Quelle est ta position à ce sujet ?
2017 a été l’Année de promotion nationale des lectures de l’Imaginaire ! Grande lectrice, je suis la première à soutenir ce mouvement !
C’est pourquoi je suis honorée et touchée de figurer dans la sélection du PLIB : quelle idée géniale de lancer un prix décerné exclusivement par des bloggeurs et des booktubeurs. J’admire le travail important réalisé par cette communauté de passionnés qui véhicule la culture littéraire auprès de tous. Et il n’est pas question d’une élite intellectuelle : ça fait du bien J

D’ailleurs, il me semble que « L’aura Noire » était sélectionnée aussi pour d’autres prix ? Comment réagis tu en apprenant ces belles nouvelles ?
Je saute au plafond en criant de joie, je cours embrasser mon mari et mon fils et j’appelle tout de suite mes copines pour partager la nouvelle J Et ma mère , bien sûr… Ca, c’était quand j’ai appris que L’Aura Noire était sélectionnée pour le Prix Elbakin 2017 dans la catégorie « Meilleur roman français fantasy jeunesse ». Et je ne vous dis même pas quand j’ai su qu’il figurait dans la sélection du Prix Littéraire de l’Imaginaire 2018 J J J

Le tome 2, « La marque rouge » est sorti le 8 Février 2018. Avais-tu déjà bien avancé le roman avant de signer ce nouveau contrat ? As-tu des contraintes à respecter ?
Ce n’est tout à fait comme ça que ça se passe. Dans les contrats classiques d’édition, il y a une clause qui engage l’auteur à présenter 3 (ou 5) titres en priorité à l’éditeur avec qui il signe. Par exemple, après L’Aura Noire, je suis tenue de présenter à Scrineo mes prochains manuscrits. Pour autant, Scrineo n’est pas tenu de les publier s’il ne les aime pas. Mais j’espère bien qu’ils seront séduits par le troisième J  Ah oui, et au niveau des contraintes : Scrineo ne m’impose rien, c’est plutôt moi qui me motive pour ne passer laisser filer trop de temps entre deux romans.

Comment s’est passée ta recherche d’éditeur ?
J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un Agent Littéraire. Un agent vous représente auprès des maisons d’édition, gage que le texte n’est pas juste une esquisse. Laure Pécher donc, mon agent que j’adore, a confié le manuscrit de L’Aura Noire à Constance Joly qui est une éditrice free-lance (avec un super parcours chez de grands éditeurs) et spécialisée en Jeunesse et Young Adult. Et Constance a présenté le texte à Jean-Paul Arif, le fondateur de Scrineo, qui lui a tout de suite donné sa chance J

De nombreux « nouveaux auteurs » utilisent les plateformes comme WattPad ou fyctia, ou bien font partie d’une communauté telle que celle de Cocyclics… as-tu utilisé également ces outils d’écrivains ?
J’avoue que je ne suis absolument pas passée par ces plateformes. J’ai fait mes « armes » au sein de ma communauté d’auteurs, rencontrés lors des ateliers d’écriture. Nous sommes une petite dizaine. Après la fin des ateliers, nous avons continué à nous voir, à lire nos productions respectives, à les critiquer (dans un objectif constructif). Et nous nous aimons beaucoup. Entre nous, nous nous appelons « Les Ecriverons »… parce que c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et en écrivant qu’on devient… écriveron !

Beau Néologisme ! Avec un tel univers à alimenter, as-tu le temps de lire ? Si oui, quelles ont été tes plus belles découvertes littéraires en 2017 ?
Je suis une dévoreuse de bouquins : lire me nourrit ! Mon gros coup de cœur de l’année 2017 est pour l’auteure Christelle Dabos, avec les deux tomes de La Passe-Miroir (j’ai commandé le 3ème tome pour la Saint-Valentin). Mais j’ai aussi découvert les auteurs Scrineo, tous talentueux et bardés de prix : Rod Marty, Aurélie Wellenstein, Estelle Faye, Carina Rosenfeld, Agnès Marrot, Cindy Van Wilder, Loic Le Borgne, et j’en oublie, pardonnez-moi. Un bouquin dédicacé de leur part, c’est quand même super émouvant !

Avant de terminer, où pourrons-nous te rencontrer en 2018 ?
2018 s’annonce en joie de ce côté-là ! Cela a commencé par la fête de lancement de La Marque Rouge à la Halle Saint-Pierre, à Montmartre le 20 janvier, qui a été un moment de pur bonheur.
Ensuite en février, je serai les 2, 3, et 4,  au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, invitée à participer au Grimoire, en tant qu’auteure. Et je ferai une radio le samedi 3 février, sur le créneau de 14h à 15h, depuis la Médiathèque. La journaliste Marie-Ange Archambaud a choisi de m’interroger sur le thème du rapport des auteurs aux youtubeurs J

Sinon, mon agenda 2018 de salon n’est pas encore entériné. Je suis invitée sur des beaux salons, mais je ne peux pas le dévoiler avant les annonces officielles !
UPDATE
- 16 Mars à Livre Paris
- Du 13 au 15 Avril au Festival Le Livre à Metz 
- Du 24 au 27 Mai aux Imaginales

Sur quels réseaux sociaux peut-on te trouver ?
Je communique essentiellement par Facebook, j’ai commencé à échanger sur Instagram, et j’envisage d’ouvrir un blog d’auteur. Mais je suis encore en « apprentissage de communication ». Entre janvier 2017, date de sortie de L’Aura Noire, et janvier 2018, sortie de La Marque Rouge… se sont écoulés 12 mois d’une incroyable intensité : je pense qu’il me reste beaucoup à apprendre pour améliorer ma visibilité sur les réseaux J

Je te remercie infiniment d’avoir participé à cette interview, je te souhaite bonne chance pour le #PLIB2018 ainsi que pour la parution de ton dernier roman « La marque rouge ».
Merci de tout cœur, chère Petite Elfe, de m’avoir donné cette occasion de partage !

jeudi 22 février 2018

INTERVIEW ROD MARTY #PLIB2018



Si vous me connaissez, vous ne serez pas étonné de découvrir cette interview. Pour ceux qui viennent d’arriver, vous devez donc savoir avant de lire l’article que j’ai découvert Rod Marty en 2015 avec son roman « Les enfants de Peakwood », qui a reçu le prix des Halliennales 2016 et qui a été également finaliste du Prix des imaginales des lycéens 2017 et du Prix des chroniqueurs web 2016. Dès les premières pages, j’ai su que ce serait un coup de cœur ! Depuis, je suis activement les actualités de cet auteur, et c’est toujours un vrai plaisir de lire ses nouveaux romans et de le croiser lors de festivals littéraires ! 


Bonjour Rod,
Je suis ravie de t’accueillir aujourd’hui sur le blog. Ton premier roman « les enfants de Peakwood » a été publié en 2015 chez Scrinéo. En 2017, tu as sorti le roman « la mère des eaux », qui fait partie de la pré-sélection pour le PLIB2018.*


La terrible descente aux enfers d’un couple, dans l’atmosphère oppressante d’une petite ville américaine aux phénomènes étranges…
Après avoir subi une nouvelle fausse couche et appris qu’elle ne porterait plus jamais d’enfant, Emily est dévastée. Christopher, son mari, ne sait comment la consoler. C’est alors qu’ils sont appelés dans une communauté en Louisiane, au chevet de la mère d’Emily, que cette dernière n’a jamais rencontrée.Mais rien ne va se passer comme ils l’imaginaient. Pour Christopher, la sollicitude des habitants devient vite pesante, et les relations du couple commencent à se distendre…Que cache cette communauté coupée du reste du monde ? Pourquoi ses habitants ont-ils décidé de vivre reclus ? Et, surtout, que signifient ces rêves étranges qui troublent le sommeil d’Emily ?
Un thriller fantastique sur l’obsession d’une femme prête à tout pour devenir mère. Quel qu’en soit le prix à payer…




Ma première question concerne l’absence de visibilité des littératures de l’Imaginaire. Depuis quelques années, de plus en plus d’actions se développent pour permettre de faire découvrir ces genres à un public plus large, quelle est ta position à ce sujet ?
Je pense que toutes les occasions de parler un peu de SFFF sont bonnes à prendre. Les médias ne prennent pas au sérieux ces littératures (il suffit de voir le nombre d’invités à la télé ou d’articles dans la presse concernant ces genres), mais heureusement il y a une communauté de passionné qui reste fidèle et qui tente de faire vivre cette culture de l’imaginaire. Et puis c’est aussi l’occasion à chacun des auteurs présélectionnés de se faire connaitre par d’autres lecteurs.   

Ton premier roman « les enfants de Peakwood » a été publié en 2015 chez Scrinéo. Écrivais-tu déjà avant ?
 Non, j’écris depuis l’enfance. Un concours de poésie à l’école primaire et c’était parti pour moi. J’ai continué avec des nouvelles à l’adolescence avant de passer au roman à l’âge adulte.

Comment s’est passée la transition entre ces deux formats ?
Tout naturellement avec des histoires qui se complexifiaient de plus en plus. Il y a des récits qui ne demandent pas à s’étaler et d’autres oui. Une nouvelle c’est comme regarder l’habitant d’un immeuble par une fenêtre ouverte. Un roman c’est comme enlever la façade d’un bâtiment pour observer tout ce qui se passe à l’intérieur. 

As-tu des conseils à donner aux écrivains en herbe ?
C’est tout bête. Arrêter de réfléchir sur le plan de votre histoire, de dessiner des cartes, de faire dix arbres généalogiques ou de créer des fiches de personnages à gogo. À la place, écrivez de vraies scènes. Amusez-vous, faites-vous peur, découvrez l’univers de votre histoire en même temps que vos personnages. Vous pourrez toujours rééquilibrer, tailler ou modeler les choses plus tard. Sans histoire posée sur le papier par contre c’est plus difficile.


Parlons de ton roman « la mère des eaux » :
Quelle a été la première scène qui t’es venue à l’esprit ? Celle par laquelle tout a commencé ?
La première image qui m’est venue était celle de June (la mère d’Emily). Je la voyais assise sur le perron d’une vieille maison, observant à l’autre bout de son jardin la végétation dense du bayou. Son regard était figé sur l’obscurité qui s’y cachait. Elle semblait être incapable de bouger. Mais pourquoi ?

Justement, lors de ma lecture, j’ai été frappée par ta disposition à nous permettre de visualiser parfaitement toutes les scènes, as-tu des connaissances particulières pour la mise en scène ? 
À la base, j’ai une formation théâtrale et j’ai également fait quelques mises en scène de pièces. Du coup, lorsque j’écris je suis à la place du personnage. Je vois par ses yeux, j’entends ce qu’il entend, je touche ce qu’il touche. C’est étrange quand on y pense. C’est presque une histoire de possession.

En parlant de cela, est-ce difficile d’écrire d’un point de vue féminin ? Je pense particulièrement à Emily dont la première scène la fait apparaître en train de faire une fausse couche.
J’écris de la même manière que ce soit pour un personnage féminin ou masculin. Ne pas le faire serait, selon moi, le meilleur moyen d’enchaîner les clichés. Alors oui, ils ont chacun un genre qu’on ne peut pas effacer et qui apparaît dans leur gestuel, leurs vêtements ou dans la manière dont ils perçoivent certaines choses dues à l’expérience, mais fondamentalement ce que peut ressentir un sexe, l’autre le peut également. Il y a des femmes sensibles, mais aussi des hommes sensibles. Il y a des hommes violents, mais aussi des femmes violentes. Ensuite tout est une histoire d’équilibre.
Concernant la scène de la fausse couche, j’ai tenté d’imaginer ce qu’on pouvait ressentir si un de ces organes (comme le foie) se tordait dans son ventre. Bien sûr, en tant qu’homme, je ne ressentirais jamais la douleur physique d’une fausse couche, mais c’est ce qui pour moi pouvait s’en rapprocher le plus. L’important dans cette scène étant avant tout le désespoir d’Emily.  

Tes deux romans traitent de thèmes rarement vu dans la littérature francophone : Le chamanisme et le vaudou. Pourquoi et quelles sont tes inspirations ?
C’est très simple en fait. Enfant, j’étais un passionné de la culture amérindienne. Ma chambre était tapissée d’images les concernant (certains brillant même dans la nuit, eh ouais), j’écoutais leurs chants sur CD et je lisais tout ce que je pouvais à leur sujet. Je pense que tout l’attrait que j’avais pour eux est ressorti naturellement dans mon premier roman (les enfants de Peawood). Pour mon second, c’est toujours un peu la même chose. La Louisiane m’a toujours attiré. Ses paysages, sa mixité, son histoire… J’avais envie d’explorer ce lieu à ma manière. Et tout naturellement qui dit Louisiane dit vaudou. J’ai tout de même essayé de me détacher de certains clichés en travaillant principalement une des déesses de cette religion : Mami Wata.

D’ailleurs, peux-tu nous en dire plus sur elle ?

J’ai choisi d’utiliser cette divinité lorsque j’en étais au début de mon roman, car il y avait plusieurs points chez elle qui m’intéressaient. Non seulement c’est elle qui est invoquée dans le vaudou lorsqu’une femme souhaite tomber enceinte, mais elle aussi associée à l’eau en permanence (ce qui allait parfaitement au lieu où se déroule l’action de mon roman entre l’océan et le bayou). Je trouvais également la manière dont elle était décrite, en général, très humaine. Elle est protectrice et peut se montrer généreuse, mais à fois la possessive et coléreuse (ne supportant pas que ses amants la trahissent). Ça m’a influencé pour travailler sur sa personnalité et son passé. À savoir comment elle était devenue Mami Wata et comment ses craintes de femme en étaient devenues des colères de déesse.    

Es-tu un grand lecteur ? Quelles ont été tes plus belles découvertes en 2017 ? 
En tant que lecteur je dois être sur une moyenne d’une vingtaine de livres par an. Je lis comme j’écris (lentement).
Au niveau de mes découverts 2017, je retiens :
En contemporain : La série des Falsificateurs d’Antoine Bello (si vous aimez les histoires de complot, cette saga est faite pour vous)
En fantastique : Je suis ta nuit de Loic Leborgne (pour les fans de S.King et Stranger Things)
Walhalla de Graham Masterton (oppressant et cauchemardesque. Pour lecteur averti avec estomac bien accroché)
Jeunesse : 14/14 , de Paul Béorn et Silène Edgar (Envie d’une lecture vous ramène en enfance ? je vous conseille ce texte)
Young adult : Les Loups chantants (mon roman préféré Aurélie Wellenstein. C’est rempli d’aventure et de créatures extraordinaires)
Comics : Witches de  Scott Snyder et Jock (Vraiment flippant) 

Dernière petite question : Quels sont tes projets ? As-tu déjà ton agenda de présence aux salons littéraires ?
Je travaille en ce moment sur un nouveau projet autour de la réincarnation. Pour le moment je m’amuse bien dessus. Si tout se passe bien, il devrait voir le jour en 2019.

Niveau salon, je serai :
- à Livre Paris le 17 Mars 
- aux Imaginales du 26 au 29 mai où « La Mère des Eaux » est dans la sélection du prix des lycéens 
à  Envie de Livres  le 03 Juin 

Voilà un beau programme où de nombreux lecteurs pourront ainsi te rencontrer (et vous qui passez par-là, je vous conseille d’aller le saluer et de vous pencher sur ses supers romans !)

Je te remercie de tout cœur d’avoir participé à cette interview ! Bonne chance pour la suite du #PLIB2018 ! 

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Mon avis en vidéo sur "La mère des eaux" :







dimanche 28 janvier 2018

INTERVIEW NADIA COSTE #PLIB2018


Je suis très heureuse de partager avec vous l'interview de Nadia Coste, une autrice jeunesse qui vit près de Lyon et dont j'apprécie chacune de nos rencontres que ce soit réelles ou à travers ses romans! Cette interview se déroule dans le cadre du Prix Littéraire de l'Imaginaire BooktubersApp 2018 (#PLIB2018) J'ai lu l'effet Ricochet, que j'ai proposé durant la phase de pré-sélection, et j'avais donc très envie de vous permettre de la découvrir et/ou d'en apprendre plus sur elle!

Quand elle était petite, Nadia Coste avait beaucoup d’imagination, mais elle n’aimait pas lire. Le déclic n’est venu qu’à dix-huit ans, en découvrant les littératures de l’imaginaire. Depuis, elle est convaincue qu’il suffit de rencontrer le roman qui nous correspond pour basculer dans le monde des lecteurs…
Elle est l’auteur des séries Fedeylins (Gründ, 2011), Les Yeux de l’aigle (Gründ, 2012), ainsi que des romans Le Premier (Scrineo, 2015), L’Empire des Auras (Le Seuil, 2016), Seuls les alligators vous
entendront crier (Scrineo, 2016) et L’Effet Ricochet (Le Seuil, 2017). Ascenseur pour le futur (Syros, 2014) lauréat du prix Plume Jeunesse du Chapiteau du Livre, du Prix Jeunesse de Lire en Poche en 2015, ainsi que du Prix Bouquin Malin 2016, a été nominé au Prix des Incorruptibles 2015/2016 en catégorie CM2-6e. Nadia Coste est fan de Robin Hobb, a une passion pour le thé, et se drogue au chocolat. Elle a atteint la période de sa vie où il devient malpoli de lui demander son âge, mais si vous êtes bon en maths sachez qu’elle est née en 1979. Elle a grandi près de Lyon, où elle vit toujours avec son mari et leurs trois enfants. (Source : www.lesincos.com) 

-          Tu es une autrice très prolifique, mais ta découverte de la lecture est apparue tardivement, peux tu nous en dire plus ? 

Alors, effectivement, quand j’étais petite, je n’aimais pas lire. J’étais moyenne à l’école, et plutôt nulle en orthographe. Je n’ai découvert qu’assez tard (vers 18 ans) qu’en réalité, je n’aimais simplement pas les livres qu’on m’obligeait à lire ! Le déclic s’est fait en découvrant les littératures de l’imaginaire… et là, je me suis rendue compte que j’avais beaucoup de retard à rattraper !
Plus je lisais, plus je lisais vite, moins la lecture était douloureuse, et plus le plaisir était grand !
Par contre, j’avais toujours eu des histoires plein la tête (je m’en servais pour jouer, quand j’étais petite…). Quand j’ai commencé à lire vraiment, j’ai eu l’impression que ces histoires existaient déjà dans des romans (mais je ne savais pas encore dans lesquels). Jusqu’à ce que je me rende compte que non, ces histoires étaient dans ma tête et pas dans celle de quelqu’un d’autre ! J’ai donc retroussé mes manches et je me suis lancée, d’abord pour moi, comme des exercices pour progresser, puis comme un « vrai travail »…
Depuis, j’ai publié vingt romans ! 

-          Je trouve ton parcours de lecteur/autrice incroyable!  J'imagine que cela peut inspirer de nombreuses personnes qui sont réticentes à la lecture!! Du coup, cela te fait combien de livres  par an ?
Ça dépend des années. Et c’est difficilement quantifiable car je travaille sur plusieurs projets en même temps (quand le premier jet de l’un se repose, j’en corrige un autre…). On va dire de deux à quatre. Ça dépend aussi de la taille du roman (et/ou de l’âge du lecteur).
J’écris assez vite, puisqu’en phase de rédaction, j’écris en moyenne un chapitre par jour (le premier jet d’un petit roman peut donc être finalisé entre 10 jours et un mois !). Mais, en général, il se passe deux ans entre la première idée et la publication d’un roman.

-          En tant qu'autrice spécialisée en jeunesse, tu interviens souvent en milieu scolaire , peux tu nous raconter une anecdote sur ces rencontres ?
Alors… j’ai fait beaucoup de rencontres pour « Ascenseur pour le futur » avec des CM2 et des 6ème. Mes souvenirs sont quasiment tous très positifs. Je pourrais parler des ascenseurs bricolés en carton (j’en ai des super), ou de l’émotion ressentie lorsque des élèves ont joué une scène du roman (j’ai failli pleurer), ou encore de la remise du prix Bouquin Malin à Oloron Ste Marie, où j’ai fait face à une salle de spectacle complète d’enfants en train de crier et m’applaudir… mais lors de mes rencontres, il y a un garçon en particulier qui m’a demandé de mettre son prénom dans un livre. Je ne sais pas si c’est la façon dont il me l’a demandé, ou toute la souffrance que j’ai sentie lorsqu’il m’a expliqué qu’il ne voyait jamais son prénom à lui dans un livre, ni même dans le moindre exemple de ses manuels scolaires, mais il s’est passé quelque chose.
Ce garçon s’appelait Ayrton, et c’est le prénom du héros dans « Papa de papier » dont je vous parle un peu plus tard J

-          C'est super touchant, ce sont des moments très marquants, et empreints de reconnaissance :) Du coup, cela nous entraîne vers la prochaine question justement, avec ces interventions scolaires, les salons, ta famille, ton travail.. comment arrives tu à conjuguer tout cela? 
Difficilement !
Dans une journée type : j’emmène mes enfants à l’école, je vais à mon « autre » travail, je récupère mes enfants (s’en suit une phase de devoirs/ménage/préparation de repas/course aux diverses activités des uns et des autres), puis, quand mes enfants sont couchés, je vais travailler (entre 21h et 23h). Ça peut être de la rédaction pure, des recherches, des corrections, ou du traitement administratif lié à ce second métier (mails, déclarations AGESSA ou autres joyeusetés).
J’ajoute à cela quelques salons le week-end, des interventions scolaires de temps en temps, et les « corrections à rendre pour demain » qui prolongent la plage horaire jusqu’à deux heures du matin…
Bref, il me manque une phase de repos, et pas mal de sommeil, car je tiens ce rythme depuis plusieurs années maintenant.

-         Mais alors, tu es une de ces WonderWoman ?! Pour aborder un thème plus général concernant la littérature de l'imaginaire, que penses-tu de sa place dans notre société actuelle ?
C’est terrible parce qu’elle est encore vue comme une sous-littérature (et je ne parle même pas des romans pour la jeunesse en mode « écrire pour les enfants, c’est facile ! »). Le grand public déclare souvent qu’il n’aime pas la SF, mais la plupart des personnes vous diront avoir adoré Avatar, Alien, Retour vers le futur, Star Wars ou les Avengers… En fait, l’imaginaire est partout au cinéma ou dans les séries (il n’y a qu’à voir le succès de Game of Thrones ou The Walking Dead), mais on dirait que dès qu’il s’agit de romans, c’est différent !
Il y a les lecteurs qui ont peur de ne rien comprendre (« la SF, c’est une succession de formules mathématiques, je n’y connais rien ! »), ceux qui pensent que l’imaginaire est réservé aux enfants (« mon fils ne lit que de la fantasy… j’aimerai qu’il passe à autre chose, qu’il grandisse un peu ! »), ceux qui pensent que ce n’est pas sérieux…
Les lecteurs qui s’y intéressent un minimum savent bien que ce n’est pas vrai. Que ce n’est pas grave d’aimer lire uniquement de la SFFF à l’âge adulte (on ne dit rien à ceux qui ne lisent que des polars, par exemple !). Que c’est une littérature très riche. Qu’il y a beaucoup de romans accessibles (et des ouvrages plus pointus pour ceux qui le veulent). Que chacun peut y trouver son bonheur, aussi bien pour s’évader dans quelque chose de léger que pour réfléchir sur notre monde actuel.
Je ne sais pas comment faire changer les mentalités. Peut-être en expliquant aux lecteurs de littérature « blanche » qu’un personnage de trentenaire parisien divorcé est, de toute façon, un personnage inventé, et que son histoire, c’est déjà de l’imaginaire ? Insister sur la différence entre réel et réaliste ? (que même une biographie est romancée, donc pas tout à faire réelle ? Et qu’une histoire de fantasy, même si elle n’est pas réelle, est réaliste dans le monde proposé ?).

-          Tes romans « Les élémentaires » et « L’effet Ricochet » ont été nommé en phase de préselection pour le #PLIB2018.  Quelle fut ta réaction ? Qu’est ce qui t’a inspiré ces histoires ?
Honnêtement, je suis SUPER contente. Déjà, je fais la danse de la joie chaque fois qu’on m’annonce qu’un de mes romans est nominé à un prix. Mais quand, en plus, j’ai su qu’il s’agissait des coups de cœur des blogueurs qui avaient eux-mêmes proposé des romans, j’ai trouvé ça encore plus fort !
Maintenant, j’attends de voir la short-list des 7 finalistes…
Ces histoires sont très différentes et sont nées de deux envies différentes.
Pour L’Effet Ricochet, j’avais envie de travailler sur le clonage, mais en partant du principe que les clones se ressemblent moins que des jumeaux (quand j’ai lu un article sur ce couple d’Américains qui avaient voulu faire cloner leur magnifique chat roux, et qui avaient eu un bébé chat gris et blanc… j’ai eu envie d’écrire quelque chose de différent de romans classiques autour du clonage où les clones sont des photocopies de leurs parents ou bien sont nés à but thérapeutique).
Le point de départ du roman vient de mes filles, qui ont 8 ans d’écart, mais se ressemblent comme deux gouttes d’eau au même âge. Ma fille aînée est tombée quand elle avait deux ans, et s’est ouvert les lèvres. Rien d’extraordinaire. Elle est tombée, une semaine plus tard, et a rouvert la blessure, ce qui lui a laissé une marque (et fait que je m’en souviens). Lorsque ma petite dernière est tombée, à deux ans, et s’est ouvert les lèvres… j’ai trouvé la coïncidence extraordinaire. Et c’est parti de là ! Combien de petits bobos pourraient arriver à deux clones qui se ressemblent comme des frères et sœurs avant qu’on réalise qu’il y a un lien ? J’ai déroulé le fil de la pelote à force de questions, de « et si ? »…
Pour Les Élémentaires, c’est très différent. Même si le roman a été publié en 2017, c’est une histoire que je porte depuis… bien avant ma première publication. À l’époque, j’étais encore très active au sein du Collectif CoCyclics. J’avais écrit mon premier roman (La tétralogie Fedeylins) et le roman cherchait son éditeur pendant que je passais à autre chose. J’écrivais quelques nouvelles… et il y a eu un appel à textes pour une anthologie sur le thème « Boules de feu et droits sociaux ». Le thème m’a tellement amusé que j’ai créé cet univers de fantasy un peu décalé ! J’ai écrit une nouvelle (« Les rats de glace ») en me disant que, si elle était acceptée pour l’antho, j’écrirais un roman dans le même univers. J’ai eu un oui ! Mais l’antho ne s’est jamais faite, finalement. Tant pis, j’ai quand même avancé sur le roman !
Mais il ne fonctionnait pas, alors je l’ai mis de côté (après quand même 4 ou 5 versions différentes). Je crois que c’est après avoir vu « La Reine des Neiges » que j’ai compris ce qui ne fonctionnait pas (mon personnage principal ne souffrait pas assez !). J’ai donc repris le roman, des années après, et j’ai trouvé un axe qui me satisfaisait plus.

-    Avec tous ces projets d'écriture, as tu le temps pour lire ? Quelles ont été tes plus belles découvertes en 2017 ? 
J’essaye de lire régulièrement (je crois tourner à 1 roman par semaine environ). Ce qui doit donner à peu près 50 bouquins par an, ce qui me semble pas mal ^^
Donc je ne me classe pas dans les lecteurs qui tournent à 200 romans par an, mais je ne suis pas une petite lectrice pour autant !
Mes plus belles découvertes 2017 ? Hum, je dirais :
·         La trilogie « Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous » de Nathalie Stragier (je me suis régalée avec les trois tomes à la fois légers et tellement importants sur le féminisme)
·         « 1749 Miles » de Fabienne Blanchut (j’ai pleuré un max en lisant cette fiction adaptée de l’histoire du premier chimpanzé envoyé dans l’espace)
·         « Saving Paradise » de Lise Syven (une intrigue haletante aux persos attachants… je suis fan !)


-          Merci pour ces recommandations, que j'ajoute à ma wishlist (sauf Saving Paradise dont j'ai déjà lu le tome 1 et que j'avais également adoré!) J'arrive à ma dernière question : quels sont tes projets  d’écriture / parutions ssur 2018 ?
Alors ! En janvier, « Papa de Papier » aux éditions Syros. C’est un roman à destination des lecteurs à partir de 10 ans, autour de la maltraitance et des dessins qui deviennent réels (ou pas).  Un texte fort où on se raccroche à l’imaginaire pour supporter des situations difficiles au quotidien.
En avril, aux éditions Castelmore, « Ma pire semaine de vacances », un texte plus léger (quoique) autour d’un groupe de cousines en vacances… et d’insectes mutants ! De l’aventure en famille, de l’écologie (forcément), tout ça, à partir de 10 ans.
Et pour les plus grands (ados et adultes), juste avant l’été, « Poumon Vert » aux éditions du Seuil (comme « L’Effet Ricochet »). Un roman autour de la vie, l’amour, la mort et les… plantes. Encore de l’écologie, mais cette fois-ci dans le futur, avec une thématique forte autour du deuil. J’espère qu’il vous plaira !

Merci infiniment Nadia pour avoir participé à cette interview! Si vous désirez la suivre sur les réseaux sociaux rien de plus simple, vous la trouverez sur facebook, sur twitter et sur son blog très actif!

Et pour en savoir plus sur mes avis sur ses romans :
L'effet Ricochet
Seuls les alligators vous entendront crier

jeudi 2 avril 2015

Interview d'auteurs #WENDALL UTROI

Bonjour à tous!

Cela faisait de nombreux mois que je n'avais pas publié d'interviews d'auteurs français à découvrir, Après Marika Gallman, Emma Cavalier ou encore Samantha Bailly, je vous invite à découvrir Wendall Utroi, un auteur très intéressant de par son parcours et qui s' auto-édite chez Amazon.


L'image est floue, c'est celle qui est sur ses 4e de couverture, J'aime beaucoup, cela laisse planer le mystère sur cet homme... (Bon, d'accord, comme je vous aime, vous aurez une petite photo plus bas dans l'interview!) Je vous laisse découvrir l'échange que nous avons eu ensemble, rien que pour vous :)


  1. Bonjour Wendall, pour bien commencer, je te laisse te présenter aux lecteurs :

jeudi 29 mai 2014

[Portrait chinois] SAMANTHA BAILLY

Vous savez qu'en 2013, j'ai interviewé deux auteures françaises : Marika Gallman (auteure des Maeve Regan - Urban Fantasy) et Emma Cavalier ( auteure du Manoir et de la trilogie de la réeducation sentimentale - romance erotique). J'avais envie d'alterner un peu les genres d'interview et j'ai donc voulu mettre en avant Samantha Bailly avec  un portrait chinois.



Présentation : Samantha est une auteure que j'affectionne beaucoup, j'aime son écriture, son imagination et son talent qu'elle a su développer si jeune. Elle alterne de nombreux genres sans jamais s’emmêler (Fantasy, contemporaine, thrillers, contes japonais, nouvelles..) Agée de 26 ans, je peux vous garantir (parole de bloggeuse et lectrice) qu'un long parcours se dresse devant elle et que nous sommes déjà nombreux à la suivre et la soutenir! Elue coup de coeur des Imaginales en 2013 pour son roman " Ce qui nous lie", Samantha a aussi reçu de nombreux prix

Bibliographie : A 17 ans, elle écrit son premier roman dyptique fantasy : Oraisons, qui paraîtra chez 1000 Saisons puis sera réedité intégralement en 2013 chez Bragelonne. En 2010, elle sort Lignes de vie, aux éditions Volpillere. Sa rencontre avec Stéphane Marsan (Bragelonne) lui a ouvert les portes sur de nombreuses opportunités. Suite à cela, elle publie chez le même éditeur dans la collection Milady Romance "Ce qui nous lie" un roman contemporain fantastique qui met en avant les relations humaines, un thème qui semble important pour Samantha. Puis en 2014, elle publie en mars un autre roman contemporain et d'actualité : "Les stagiaires". En mai, Syros sort le premier tome de sa trilogie fantasy jeunesse : "Souvenirs perdus". Les projets d'écriture s'enchâinent parfaitement pour elle et son agenda semble bien booké pour l'année à venir!

En parallèle, elle a édité chez Rageot en 2013 un thriller, "A Pile ou Face", et écrit également des contes pour l'éditeur japonais NobiNobi "La princesse au bol enchanté" et "Kotori, le chant du moineau). Elle a également écrit quelques nouvelles notamment pour les anthologies de festivals

Prochainement : Les tomes 2 et 3 de Souvenirs perdus sont prévus pour Septembre 2014 et Janvier 2015 et un prologue à Oraisons est prévu pour la fin d'année! Le tome 2 des stagiaires devrait aussi paraître assez prochainement!


Portrait chinois : L'avantage des portraits chinois, c'est qu'on peut poser tout un tas de questions. Elle en a déjà fait un chez livres-attitudes et elle a gentiment et rapidement accepté de répondre à mes questions!

Découvrez donc Samantha à travers ces 15 réponses!


  1. Si tu étais :un manga -> Nana
  2. Un héros de littérature -> Lyra dans À la croisée des mondes
  3. Un genre littéraire -> Le réalisme magique*
  4. Un souvenir des imaginales -> Le prix Imaginales des Lycéens
  5. Un personnage de tes livres -> Sarah dans Les Stagiaires (mon avis ici)
  6. Un mythe -> L'allégorie de la caverne, de Platon (en savoir plus)
  7. Un jeu vidéo -> Final Fantasy X
  8. Un personnage de jeu vidéo -> Shala, dans Chrono Trigger
  9. Un moyen de communication -> Une lettre
  10. un animal imaginaire -> Une sirène
  11. Une ville mythologique -> Ys
  12. Une étoile ou une constellation -> La Grande Ours
  13. Un film -> The Fountain par Daren Aronofsky
  14. Un superheros -> V pour Vendetta
  15. Une des sept merveilles du monde -> Les jardins suspendus de Babylone
* Qu'est ce que le réalisme magique?  Selon Wikipedia : "Le réalisme magique est une appellation utilisée par la critique littéraire et la critique d’art depuis 1925 pour rendre compte de productions où des éléments perçus et décrétés comme « magiques », « surnaturels » et « irrationnels » surgissent dans un environnement défini comme « réaliste », à savoir un cadre historique, géographique et culturel vraisemblable. Ainsi la réalité reconnaissable devient-elle le lieu naturel de manifestationsparanormales et oniriques."

Merci Samantha d'avoir répondu à ce petit jeu! 

Pour en savoir plus : http://www.samantha-bailly.com/